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Voyages


L'Amérique

New York ! L'enquête pénitentiaire
« Depuis huit jours, nous habitons le petit village de Sing Sing où se trouve le plus vaste établissement pénitentiaire des Etats-Unis. Et, excepté de coucher dans une cellule et de recevoir des coups de corde nous menons à peu près la vie des détenus. C'est ce que j'appelle
se donner du système pénitentiaire
à cœur joie. »
(Lettre à Félix Le Peletier d'Aunay,
7 juin 1831)

De prétexte nécessaire pour donner un caractère officiel à leur voyage, l'enquête sur le système pénitentiaire américain devient rapidement pour Tocqueville et Beaumont un pensum, dont ils cherchent à se débarrasser au plus vite. Aussi concentrent-ils la majeure partie de leur programme d'investigation dans les établissements du Nord-Est des États-Unis durant les premiers mois de leur voyage. Ils ressentent certes de la fierté à être invité par le maire de New York en personne à venir découvrir les maisons de refuge pour les délinquants de moins de seize ans, qu'ils jugent dans leur principe comme dans leur fonctionnement très convaincantes. À l'occasion de leur visite du célèbre pénitencier, ils trouvent même un charme et un intérêt certains à leur séjour à Sing-Sing, durant lequel ils logent chez l'habitant. Mais l'enquête pénitentiaire elle-même leur semble rapidement accessoire par rapport à l'intérêt supérieur que représente à leurs yeux l'étude de la société américaine dans son ensemble. Ils s'en acquittent pourtant avec le plus grand sérieux, n'hésitant pas à interroger seul à seul les prisonniers, et s'ils regrettent de ne pouvoir trouver des statistiques fiables concernant le taux de récidive - indice crucial lorsqu'il s'agit de juger l'efficacité d'un système pénitentiaire - leur enquête est néanmoins fructueuse et leur permet de remettre en cause certains des préjugés répandus parmi les cercles philanthropiques français sur les vertus des prisons américaines : si elles s'avèrent si peu onéreuses, c'est que les prisonniers sont obligés de travailler du matin jusqu'au soir, et s'ils travaillent dans le calme et le silence, sans jamais esquisser le moindre geste de rébellion, c'est qu'ils craignent le fouet.

« Les Américains ont entrepris d'isoler ici les détenus les uns des autres au point que chacun ne pouvant compter que sur sa force individuelle se sentît toujours plus faible que les gardiens qui veillent sur lui. Ils y parviennent par le silence et le travail continuel. »
(Lettre à Félix Le Peletier d'Aunay,
7 juin 1831)

Tel est le secret de la méthode américaine, que Tocqueville croit difficile de transposer en France. Il est davantage intéressé par le principe de l'emprisonnement cellulaire, qui est en vigueur dans certains établissements et qui présente selon lui plusieurs avantages indéniables : en isolant les détenus les uns des autres et en les obligeant à se confronter au silence et à leur propre méditation, il évite aux prisons de se transformer en véritables écoles du crime. Telle est, selon Tocqueville, la principale leçon que la France peut retenir pour l'amélioration de son propre système pénitentiaire.

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Prison de Sing Sing et Tappan Sea

Prison de Sing Sing et Tappan Sea, anonyme
© BNF

Plan de la prison de Pennsylvannie

Plan de la prison de Pennsylvannie
Coll. privée © AD Manche

Archives

Pré-rapport d'Alexis de Tocqueville et de Gustave de Beaumont

Pré-rapport d'Alexis de Tocqueville et de Gustave de Beaumont
© CHAN

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Lettre de 1831 de la légation de France à Dannery © Archives diplomatiques de Nantes

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Lettre du 19 mai 1831 sur la mission de Beaumont et de Tocqueville © Archives diplomatiques de Nantes

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