Alexis de Tocqueville
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Paris, ce jeudi 7 octobre 1830,
Mon Colonel,
Je viens de quitter l'armée d'Afrique, dont je faisais partie et d'arriver à Paris avec un congé de convalescence. J'y ai appris que, d'après une décision du ministre de la guerre, les officiers de troupe, qui se trouvent en congé à Paris, doivent envoyer leur serment à leurs chefs de corps, au cas qu'ils aient l'intention de le prêter. Je vous déclare en conséquence que je refuse de prêter le serment exigé de tous les officiers par la loi du 31 août 1830. Je me regarde donc, d'après cette même loi, comme entièrement délié, à partir de ce jour, de tous les devoirs du service militaire envers le gouvernement actuellement existant. Je vous prie, Mon colonel, de m'accuser réception de cette lettre et de me donner acte de mon refus de prêter le serment, afin que j'aie la certitude et la preuve qu'il soit arrivé à votre connaissance.
Je suis avec respect, Mon colonel, votre très humble et obéissant serviteur,
Vicomte de Kergorlay,
Lieutenant au 2e régiment d'artillerie.

Rue Saint-Dominique, n° 102, à Paris.