
Bien que Marie Mottley ait su garder le secret de sa personnalité - notamment en détruisant les lettres que son époux avait gardées d'elle - on possède quelques certitudes sur le rôle considérable qui est le sien aux côtés d'Alexis. Elle est en effet en charge de toutes les tâches pratiques de leur vie privée : c'est elle qui tient les cordons de la bourse au point de s'avérer selon son mari un "ministre des finances" particulièrement rigoureux. C'est également elle qui dirige tous les travaux d'aménagements entrepris dans le château de Tocqueville, où elle réside souvent plus longuement que lui quand ce dernier doit rentrer à Paris en raison de son activité parlementaire. Marie Mottley supporte néanmoins difficilement leurs longues séparations, qui lui font craindre, parfois avec raison, l'infidélité de son époux et qui alimentent chez elle de profondes crises de jalousie.
« Ah ! c'est là votre grand art, Marie, vous me réconciliez toujours avec le monde et avec
moi-même. »(Lettre à Marie Mottley, juillet 1832)
Pour parer de tels risques, elle choisit même parfois d'accompagner son mari dans ses diverses pérégrinations, comme c'est le cas lors de son second voyage en Algérie. Leur couple présente donc, au fur et à mesure du temps qui passe, l'image d'une union de plus en plus soudée, que l'absence d'enfants ne semble pas avoir ébranlée et qui est fondée sur une immense complicité.
« Toi seule as la clef de mon âme et [...] sans toi, en vérité, je ne voudrais pas vivre. Sans toi le monde serait un désert où je me trouverais aussi isolé que le premier homme. Personne n'y parlerait plus ma langue et je serait contraint à ne plus vivre qu'en face de moi-même. »(Lettre à Marie Mottley,
8 août 1844)
Tous deux de constitutions fragiles, ils veillent ainsi avec douceur et patience l'un sur l'autre, multipliant les précautions et les attentions, comme le montre la tendresse qui baigne toutes les lettres qu'il lui adresse. Si celle-ci était parfois destinée à tempérer son caractère difficile, les quelques lignes laissées à son attention dans son testament doivent nous convaincre qu'elle fut assurément le soutien le plus fidèle et le plus permanent de toute son existence.