
C'est alors qu'il est juge-auditeur au tribunal de Versailles qu'Alexis de Tocqueville rencontre pour la première fois Marie Mottley, une anglaise qui a grandi en France aux côtés de sa tante, Mrs. Belam. Si leur relation semble s'être nouée dès cette époque, il lui faut vaincre les réticences de sa famille et de ses amis avant de pouvoir penser à l'épouser. Précisons que Marie Mottley, en plus d'être anglaise et protestante, est une roturière, plus âgée que lui et qu'elle est loin d'être fortunée : autant de caractéristiques qui l'éloignent des canons de l'épouse aristocratique idéale que l'entourage d'Alexis souhaite pour lui. Il tente néanmoins de les convaincre en les assurant que Marie recèle toutes les qualités nécessaires à son bonheur et, résolu dans son choix, il l'épouse le 26 octobre 1835 en l'église Saint-Thomas d'Aquin à Paris, après qu'elle s'est convertie au catholicisme.
« Si je ne me suis pas trompé sur le compte de celle que je veux épouser, je ne doute pas que je ne sois heureux. »(Lettre à Camille d'Orglandes,
14 octobre 1835)
Si Louis de Kergorlay et Gustave de Beaumont sont finalement les témoins de cette union, la mère d'Alexis en revanche n'assiste pas à la cérémonie, sans que l'on sache si la cause de cette absence se trouve être la faiblesse de sa santé ou sa désapprobation de cette union. On sait cependant avec certitude que les relations entre Marie et les membres de sa belle-famille, qui lui reprochent notamment son caractère difficile et irascible, sont toujours restées assez tendues. Tocqueville, de son côté, ne semble pas avoir eu à regretter cette union et il est le premier à reconnaître que les différences de culture et de conditions, qui auraient pu les éloigner l'un de l'autre, n'ont jamais été capables de remettre en cause leur relation. Même si leur vie de couple ne fut pas sans ombrages, Marie Mottley est restée toute sa vie la véritable âme sœur d'Alexis et son plus indéfectible soutien.