aller au menu principal - aller aux sous-menus - aller au contenu-texte - le plan du site - politique d'accessibilité

Portraits


Ses amis

Louis de Kergorlay : l'Affaire Kergorlay

Si son nom a été porté au tableau de l'Ordre des avocats en 1832 - après qu'il a démissionné de sa charge de juge-auditeur - jusqu'en 1855, Alexis de Tocqueville n'a jamais voulu exercer au barreau. Cette règle souffre pourtant une exception notable : l'unique plaidoyer qu'il prononce le 9 mars 1833 pour défendre son ami de toujours, Louis de Kergorlay, devant la cour d'assise de Montbrison. Ce dernier se trouve en effet sur le banc des accusés pour avoir participé, aux côtés de son père, à la rocambolesque affaire de la duchesse de Berry.

« M. le président me permettra d'ajouter qu'en entendant dans cette enceinte déclarer que M. de Kergorlay n'avait pas toujours été d'accord avec son noble caractère, alors, Messieurs, je sens un sourire d'indignation errer malgré moi sur mes lèvres. Il me semble que toutes les notions du juste et de l'injuste sont confondues. »
(Gazette des Tribunaux, " Cour d'assises de la Loire (Montbrison)",
9 mars 1833)

Pourquoi ? Depuis les événements de juillet 1830, la famille Kergorlay n'a jamais accepté le nouveau régime ni le nouveau monarque : Florian de Kergorlay, qui fut sous la Restauration député de l'Oise puis pair de France, refuse ainsi, tout comme son fils, de prêter serment au nouveau régime et fait même paraître le 27 septembre 1830 dans La Gazette de France ainsi que dans La Quotidienne une lettre ouverte pour expliquer les raisons de son refus. Cette initiative lui vaut d'être condamné par la Chambre des pairs, exceptionnellement constituée en tribunal ; elle fait aussi de lui le représentant le plus radical du parti légitimiste, le parti qui sera à l'initiative de la folle aventure de la duchesse de BerryMarie-Caroline
de Bourbon-Sicile,
duchesse de Berry
(1798-1870)

En 1832, elle fomente une conspiration : renverser Louis-Philippe d'Orléans afin de mettre sur le trône l'héritier légitime, Henri V, le dernier des Bourbon, fils posthume du duc de Berry, son mari assassiné en 1820 à Paris. Elle débarque secrètement sur les côtes de Provence mais échoue et doit se cacher. Pourchassée par la police, elle parvient à gagner la Vendée, puis Nantes où elle est découverte et emprisonnée à Blaye. Chateaubriand prend sa défense et devient son soutien officiel.
.
On ne saurait, dans ces conditions, s'étonner de retrouver Louis et Florian de Kergorlay parmi les passagers capturés à bord du Carlo Alberto, le navire qui a conduit la duchesse de Berry près de Marseille et qui a été contraint de mouiller à la Ciotat suite à des avaries. Dès qu'il apprend la nouvelle de l'incarcération de son ami, Tocqueville le rejoint à Marseille et lui offre de venir le défendre lors de son procès. alors qu'il a lui-même prêté serment à Louis-Philippe et qu'il ne partage pas tout à fait la foi légitimiste de Louis. Ce procès se déroule à Montbrison du 25 février au 9 mars 1833 et la Gazette des Tribunaux qui rend compte des audiences nous informe aujourd'hui du déroulement de la dernière journée d'audience : Tocqueville n'est pas l'avocat en titre du jeune Kergorlay, mais il est présenté comme un ami désireux de défendre "le compagnon de son enfance". Son intervention est d'ailleurs sévèrement jugée par le compte rendu du journal qui évoque à son sujet "une apologie tout à fait étrangère à la cause "dans laquelle" il vante son indépendance et son amour pour l'égalité, pour la liberté".   écouter l'extrait sonorelire l'extrait sonore   Bien que la plaidoirie d'Alexis de Tocqueville ne semble pas avoir été toujours très adroite, Louis de Kergorlay est relâché et Gustave de Beaumont verra dans cet épisode la marque même du caractère indéfectible de l'amitié qui unit Louis à Alexis, lorsqu'il écrit : "Aucune épreuve cependant ne leur fut épargnée : et ce n'en fut pas sans doute une peu cruelle lorsque Louis de Kergorlay, compromis avec son vénérable père dans l'affaire du Carlo Alberto, fut traduit devant la cour d'assises de Montbrison, poursuivi par le gouvernement auquel Alexis de Tocqueville s'était rattaché. Tocqueville accourt au secours de son ami, le défendit avec chaleur, non comme on défend un accusé, mais comme un ami dont on s'honore, et ce devoir de cœur accompli, continua de suivre en politique ses propres voies".

Archives

Inscription d'Alexis de Tocqueville au tableau de l'Ordre des avocats ©  Conseil de l'Ordre des avocats de Paris

Inscription d'Alexis de Tocqueville au tableau de l'Ordre des avocats
© Conseil de l'Ordre des avocats de Paris

Gazette de France datée du 27 septembre 1830 © CHAN

Gazette de France datée du 27 septembre 1830
© CHAN

Extrait du procès-verbal de la Chambre des pairs daté du 13 novembre 1830 © CHAN,

Extrait du procès-verbal de la Chambre des pairs daté du 13 novembre 1830 © CHAN

Comte rendu d'audience secrète de la Chambre des pairs daté du 23 et du 24 novembre 1830 © CHAN

Comte rendu d'audience secrète de la Chambre des pairs daté du 23 et du 24 novembre 1830
© CHAN

Haut de page