aller au menu principal - aller aux sous-menus - aller au contenu-texte - le plan du site - politique d'accessibilité

Œuvre


Tocqueville visionnaire

« J'ai pensé cent fois que si je dois laisser quelques traces de moi dans ce monde, ce sera bien plus par ce que j'aurai écrit que par ce que j'aurai fait. »
(Lettre à Gustave de Beaumont,
26 décembre 1851)

Si Alexis de Tocqueville avait atteint une véritable célébrité de son vivant - non seulement en France mais aussi en Angleterre et aux États-Unis - et si les Américains ont toujours reconnu en lui l'un des premiers penseurs de leur démocratie, son nom et son œuvre furent rapidement et durablement oubliés en France. Ce n'est que vers 1930 qu'il fut remis à l'honneur par certains intellectuels français et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qu'il fut véritablement redécouvert comme l'auteur d'une des pensées qui permettait de considérer avec le plus de pertinence les sociétés démocratiques modernes telles qu'elles s'étaient développées depuis le XIXe siècle jusqu'au XXe siècle. Force est de constater que les nouveaux lecteurs de Tocqueville furent alors frappés par la contemporanéité de sa pensée et de son œuvre et que l'effet produit fut saisissant : en recherchant l'origine du vaste phénomène révolutionnaire d'égalisation des conditions à travers l'évolution des structures de la société dans L'Ancien Régime et la Révolution, en s'efforçant de lire dans les principes et les coutumes de la démocratie américaine le futur des sociétés démocratiques européennes, Tocqueville donnait l'impression à ses lecteurs d'avoir, avec un siècle d'avance, décrit la société dans laquelle ils évoluaient et d'avoir même su souligner quels étaient les grands risques qu'elle courait et auxquels elle ne manquerait pas d'être confrontée en ce milieu de XXe siècle : le totalitarisme, le rejet systématique de toute responsabilité sur l'État, le renforcement du pouvoir bureaucratique, l'individualisme grandissant des citoyens, l'idéologie sécuritaire ou encore une certaine forme de désintérêt pour la chose publique - entre autres points de convergence - semblaient sans cesse donner raison aux intuitions et aux raisonnements que Tocqueville avait formés et développés en découvrant l'enfance des sociétés démocratiques. Il ne faudrait pourtant pas oublier, comme on l'a peut-être trop souvent fait, que loin de se contenter d'une vision pessimiste et désespérée de l'avenir des démocraties, Tocqueville avait suffisamment foi en l'homme et aux pouvoirs de sa raison pour penser que, s'il le souhaitait, il serait capable de défendre sa liberté et de parfaire le régime démocratique. Il espérait même que l'éducation, en répandant ses lumières au plus grand nombre, la foi, en conférant aux hommes l'envie d'être responsable et libre, ainsi que le recours aux associations inciteraient chaque citoyen à prendre part aux affaires publiques, comme il avait lui-même tenu à le faire toute sa vie durant.

Portrait d'Alexis Tocqueville, Théodore Chassériau, 1850

Portrait d'Alexis Tocqueville, Théodore Chassériau
© RMN/Daniel Arnaudet

Haut de page