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Œuvre


Souvenirs

Tocqueville mémorialiste
« Cet écrit sera un miroir dans lequel je m'amuserai à regarder mes contemporains et moi-même, et non point une peinture que je destine au public. »
(Souvenirs)

"Éloigné momentanément du théâtre des affaires et ne pouvant même me livrer à aucune étude suivie, à cause de l'état précaire de ma santé, je suis réduit, au milieu de ma solitude, à me considérer un instant moi-même, ou plutôt à envisager autour de moi les événements contemporains dans lesquels j'ai été acteur ou dont j'ai été témoin. Le meilleur emploi que je puisse faire de mes loisirs me paraît être de retracer ces événements, de peindre les hommes qui y ont pris part sous mes yeux, et de saisir et graver ainsi, si je puis, dans ma mémoire, les traits confus qui forment la physionomie indécise de mon temps." Tels sont les termes choisis par Tocqueville, au seuil de son œuvre, pour désigner l'entreprise particulière qui est celle de la rédaction de ses Souvenirs et qui se distingue par bien des aspects de ses autres œuvres, tant du point de vue de la forme que du contenu. Il choisit, en effet, pour évoquer, presque sur le vif, les événements de l'année 1848 et de la Seconde République tel qu'il les a vécus, de donner à ses impressions la forme d'un récit mené à vive allure, entrecoupé par des moments d'analyse qui lui permettent de se mettre lui-même en scène tout en livrant sa propre interprétation des événements. Pour se faire mémorialiste dans ce texte, Tocqueville n'en oublie donc pas pour autant ses qualités de penseur politique ou de sociologue, comme le prouve la fermeté des analyses auxquelles il s'adonne. Tirant profit d'une autre facette de son talent, il n'hésite pas non plus à interrompre sa narration pour brosser les portraits de ses acteurs les plus importants d'une plume aiguë et ironique, qui atteint même parfois à la cruauté. Louis-Philippe, Napoléon III, Lamartine, Blanqui ou ses propres amis politiques font ainsi successivement les frais de la justesse de son trait, de l'acuité de son regard et de son excellence à saisir et à dévoiler en quelques lignes "les motifs secrets" qui animent leurs actions. Lui-même n'échappe pas totalement à l'atmosphère ironique qui baigne ses Souvenirs et dans laquelle il n'hésite pas à faire part au lecteur de sa maladresse d'orateur, de sa défiance à l'égard de lui-même et des erreurs de jugement qu'il a pu commettre alors qu'il était plongé au cœur de l'action. La promesse de sincérité faite à l'initiale du texte semble donc être tenue par le mémorialiste qui déclare avoir écrit ce texte pour lui-même et qui refusera toujours qu'il soit publié de son vivant. Il consacre cependant un paragraphe entier de son testament au sort qu'il veut voir réservé à ses Souvenirs, pour lesquels il n'exclut pas totalement l'hypothèse de leur parution à titre posthume.   écouter l'extrait sonorelire l'extrait sonore  

« En un mot, je veux que l'expression de mes souvenirs soit sincère et, pour cela, il est nécessaire qu'elle reste entièrement secrète. »
(Souvenirs)

De son vivant, il avouait d'ailleurs sa prédilection pour les "mémoires posthumesLettre à Henry Reeve, 5 avril 1857 ; quand n'ayant plus rien à espérer ni à craindre, on se donne à cœur joie le plaisir de mordre après sa mort ceux qu'on a été obligé de ménager de son vivant". Joyeux office, que la première parution de ses Souvenirs (dans la première édition de ses Œuvres complètes sous la direction de son épouse et de son ami Gustave de Beaumont) ne dut pas manquer de remplir et que les rééditions successives de l'œuvre poursuivent aujourd'hui encore !

Caricature de Louis-Philippe

Monsieur Croupion, caricature de Louis-Philippe
© PMVP

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Pages du manuscrit original des Souvenirs

Pages du manuscrit original des Souvenirs ; collection particulière
© AD Manche/A. Poirier

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