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Œuvre


L'Ancien Régime et la Révolution

Genèse de l'œuvre
« Sans vous et sans vos archives, je n'aurais pu faire le livre que je viens de publier. Tout ce que mes études antérieures m'avaient appris n'était point lié. Près de vous, j'ai trouvé l'enchaînement des idées que je cherchais [...].
C'est précisément dans nos conversations que j'ai arrêté mon esprit dans des idées qui depuis sont devenues la source de tout le reste. »
(Lettre à Charles de Grandmaison, 9 août 1856)

L'année 1853 marque un tournant décisif dans la période durant laquelle, de 1852 à 1856, Tocqueville travaille véritablement à la rédaction de son travail sur la Révolution. C'est en effet durant le séjour que ses problèmes de santé le contraignent à faire en Touraine, que son projet va faire des progrès décisifs, grâce à la richesse des Archives de Tours concernant la période de l'Ancien Régime ainsi qu'à l'aide bienfaitrice que lui apporte l'archiviste des lieux, Charles de Grandmaison. Ce dernier, qui achève justement le classement des archives de l'ancienne intendance lorsque Tocqueville vient lui rendre visite pour la première fois, n'a besoin que de quelques discussions avec le grand académicien pour comprendre la nature de son projet, pour orienter judicieusement ses recherches vers la période de l'Ancien Régime et pour prendre soin, selon le désir de Tocqueville, de lui présenter des documents qui lui permettent non seulement d'étudier les règlements régissant l'administration de l'Ancien Régime mais aussi d'appréhender les pratiques et les mœurs qui, par-delà les textes officiels, y étaient en vigueur. Après avoir quotidiennement rendu visite à ce brillant archiviste durant tout l'été 1853 et avoir noirci des centaines de feuillets de notes prises en dépouillant les différentes liasses d'archives que lui avait soumises Grandmaison, Tocqueville est enfin, à l'automne 1853, en mesure d'entamer la rédaction de son ouvrage, et notamment celle des deux premiers chapitres introductifs qui devaient initialement être les seuls à traiter de l'Ancien Régime. Or il est frappant de considérer que l'objet respectif de ces deux chapitres, tels que Tocqueville les décrit à son ami Jean-Jacques Ampère dans une lettre datée du 1er janvier 1854, correspond très exactement à celui des deux grandes parties qui constitueront par la suite l'ensemble du futur ouvrage : il prévoit ainsi d'y traiter successivement du "but véritable de la Révolution" et des "traits particuliers qui caractérisent cette Révolution parmi les grandes agitations des hommes" puis de "ce qui fait que cette révolution générale a commencé en France plutôt qu'ailleurs", de "ce qui lui a donné chez nous les traits particuliers qui la distinguent au milieu de toutes les révolutions qui sont sorties d'elle". Si la rédaction de l'ouvrage est donc loin d'être achevée lorsque Tocqueville quitte la Touraine, l'ensemble du projet, l'objet d'étude tout comme le plan à suivre pour le traiter, sont en revanche définitivement arrêtés.
Près de trois ans d'écriture et de réécriture, de tâtonnements et de corrections seront nécessaires à Tocqueville pour abstraire de la masse d'exemples analysés la formulation rigoureuse et claire de sa pensée qui s'éprouve peu à peu dans l'exercice de la rédaction. Il ressent également durant cette période le besoin de se rendre en Allemagne avec l'intention d'y retrouver "l'Ancien Régime tout vivant", afin d'affiner la comparaison qu'il veut établir dans son ouvrage entre la situation de la France et celle de l'Allemagne. Malgré l'échec relatif de ce voyage du point de vue intellectuel, L'Ancien Régime et la Révolution en porte néanmoins la trace, ne serait-ce que parce que l'Allemagne y fait figure de contrepoint utile pour l'analyse de la situation de la France.
Le livre est finalement achevé au début du mois de juin 1856, et puisque sa publication est retardée d'une semaine à cause de la mort d'Hervé de Tocqueville, il paraît le 16 juin 1856 chez
Michel LévyMichel Lévy (1821-1875)
Libraire puis éditeur, Michel Lévy édita presque tous les auteurs importants de la seconde moitié du XIXe siècle : Dumas, Balzac, Hugo, Sand, Flaubert, Baudelaire, Stendhal etc.
. Son succès est incontestable et il ne se démentira pas jusqu'à la mort de Tocqueville, puisque en 1858 l'ouvrage a déjà été réédité à quatre reprises et que ce sont en tout pas moins de neuf mille exemplaires du volume qui ont été imprimés. Si l'auteur nourrissait quelques angoisses à l'idée de reparaître devant le public, elles furent donc vite effacées par l'accueil élogieux qui fut réservé à son ouvrage et qui ne fut jamais remis en cause par la postérité.

La préfecture d'Indre-et-Loire abritait les Archives

La préfecture d'Indre-et-Loire abritait les Archives
© AD de Indre-et-Loire

Archives

Pages manuscrites de L'Ancien Régime et la Révolution

Pages manuscrites de L'Ancien Régime et la Révolution ; collection particulière
© AD Manche/A. Poirier

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