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Œuvre


De la démocratie en Amérique

La "seconde Démocratie" (1840) :
réception et argument
« La première et la plus vive des passions que l'égalité des conditions fait naître, je n'ai pas besoin de le dire, c'est l'amour de cette même égalité. »
(De la démocratie en Amérique, II)

Le second tome de De la démocratie en Amérique paraît finalement le 15 août 1840 et l'accueil qui lui est réservé est bien moins enthousiaste que celui reçu par le premier tome en 1835. Tout semble indiquer que le changement de perspective adopté par l'auteur entre le premier et le deuxième volet de son œuvre a désarçonné son public qui attendait impatiemment depuis cinq ans la suite promise au premier tome et qui regrettait de voir la pittoresque question américaine réduite au simple rôle d'exemple. Le désarroi fut d'autant plus grand que le titre de l'ouvrage - Gosselin avait souhaité qu'il fût identique à celui du premier volume pour des raisons commerciales - ainsi que les titres des quatre parties qui le composent - "Influence de la démocratie sur le mouvement intellectuel aux États-Unis", "Influence de la démocratie sur les sentiments des Américains", "Influence de la démocratie sur les mœurs proprement dites", "De l'influence qu'exercent les idées démocratiques sur la société politique" - pouvaient faire illusion. En réalité, si le cas américain y sert souvent de point de départ à la réflexion, les développements consacrés à son étude n'occupent véritablement qu'un cinquième des pages formant les trois premières parties et à peine deux pour cent de la dernière. Mais cette désaffection progressive du cas de figure américain, qui semble se dissoudre au fur et à mesure de l'ouvrage dans un propos plus général, se conçoit aisément si l'on comprend la nouvelle ambition poursuivie par Tocqueville dans cette "seconde Démocratie", à savoir déterminer toutes les conséquences que l'égalité des conditions ne peut manquer d'exercer sur l'état d'une société qui constituerait alors le type idéal de la société démocratique. Aussi pour constituer cet idéal type a-t-il souvent recours aux caractéristiques de la société démocratique américaine mais aussi à certaines tendances sociales démocratiques qui émergent en France, ce qui explique les comparaisons incessantes qu'établit l'œuvre entre ces deux pays et qui ont davantage pour but d'éclairer le public français "sur les mauvaises tendances que l'égalité peut faire naître afin de tâcher d'empêcher [s]es contemporains de s'y livrer" (Lettre à Henry Reeve, 15 novembre 1839) que de livrer une nouvelle radiographie de la société américaine.

« Je dis donc des vérités souvent fort dures à la société française de nos jours et aux Sociétés Démocratiques en général, mais je les dis en ami et non en censeur. »
(Lettre à Henry Reeve, 15 novembre 1839)

La "seconde Démocratie" s'attache donc à discerner les effets produits par l'égalité des conditions sur une société et sur les individus qui la composent, en étudiant successivement ces effets dans le domaines des idées, dans celui des sentiments, dans celui des mœurs et dans la société politique. Dans la première partie, Tocqueville tente donc notamment de déterminer les conséquences des principes démocratiques sur l'état des croyances, des sciences, des arts et des lettres. Dans la deuxième partie, consacrée à "l'influence de la démocratie sur les sentiments des Américains", il tente de cerner de plus près l'homo democraticus, à savoir l'homme type des sociétés égalitaires, pour mettre en lumière ses inclinations particulières, ses réflexes, ses sentiments, ainsi que les motivations de ses actes. La troisième partie traite de l'effet de la démocratie sur les "mœurs proprement dites" et Tocqueville y passe en revue la nature de toutes les relations sociales (des relations familiales aux relations entre patrons et ouvriers) dans une société démocratique : il s'agit alors de déterminer quels sont les rapports que l'homme démocratique entretient avec ses semblables. Enfin, la quatrième partie, aujourd'hui célèbre pour l'image prophétique et inquiétante d'un état démocratique tout puissant et oppressant les individus, s'élève à la fin de l'ouvrage comme une véritable mise en garde contre le risque majeur que présente aux yeux de Tocqueville la démocratie, à savoir le despotisme démocratique.

'La Gloire des Etats-Unis', Antoine Étex

Étude pour les personnages américains de la Gloire des Etats-Unis, Antoine Étex
© RMN/Daniel Arnaudet

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