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Œuvre


De la démocratie en Amérique

La "première Démocratie" (1835) :
argument
« Il faut une science nouvelle à un monde nouveau. »
(De la démocratie en Amérique, I, introduction)

Tocqueville soupçonne cependant le consensus presque unanime qui accompagne la parution du premier volume de De la démocratie en Amérique d'être le fruit d'un malentendu à propos de son ouvrage. En effet, tel qu'il l'explique à son ami Eugène Stöffels dans une lettre datée du 21 février 1835 son ambition y est double : il s'agit d'une part de convaincre les démocrates convaincus que le régime démocratique ne se pratique pas sans danger et qu'il n'est envisageable que "moyennant certaines conditions de lumières, de moralité privée, de croyances" que la France ne réunit pas encore ; il s'agit d'autre part, de persuader les détracteurs du régime démocratique qu'il peut avoir de riants aspects et qu'il n'est incompatible ni avec le droit à la propriété, ni avec le respect des libertés et des croyances. Puisque la marche des sociétés modernes vers "l'égalité des conditions" apparaît aux yeux de Tocqueville comme un phénomène inéluctable, "la question n'était point de savoir si l'on pouvait obtenir l'aristocratie ou la démocratie, mais si l'on aurait une société démocratique marchant sans poésie et sans grandeur, mais avec ordre et moralité, ou une société démocratique désordonnée et dépravée, livrée à des fureurs frénétiques ou courbée sous un joug plus lourd que tous ceux qui ont pesé sur les hommes depuis la chute de l'empire romain".
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Après avoir présenté dans son introduction comment "une grande révolution démocratique s'opère" depuis "sept cents ans" dans toute l'Europe et particulièrement en France, le premier volume de De la démocratie en Amérique se présente donc, à partir de l'étude de l'exemple de la démocratie américaine, comme une forme d'éducation à la démocratie, d'apprivoisement de ses dangers et de ses mérites à l'intention de tous les lecteurs, qu'ils soient déjà gagnés ou non à la cause de la démocratie. Pour ce faire, Tocqueville entend inaugurer une "science politique nouvelle" qui soit à même de considérer son objet, à savoir la démocratie, dans son ensemble et non de façon fragmentaire et myope. Cette condition est selon lui nécessaire aux prévisions à long terme ainsi qu'à la mise en pratique des enseignements de son ouvrage par la classe politique. Loin de vouloir constituer une étude des institutions américaines pour elle-même ou de proposer au public français un modèle à suivre à la lettre, De la démocratie en Amérique se propose d'abord comme une propédeutique à la démocratie.
Consacré à l'examen détaillé des institutions et des mœurs politiques des États-Unis, le volume de cette "première Démocratie" se divise en deux grandes parties, la seconde étant complétée par un long dixième chapitre, qui constitue presque à lui seul une troisième partie. Tocqueville s'attache dans le livre I, qui s'ouvre par un bref préambule présentant la configuration géographique du pays, "le berceau" de cette "grande nation", puis l'histoire des origines, "le point de départ" de son peuple, à décrire minutieusement les institutions et les lois en vigueur aux États-Unis. Il consacre le livre II à étudier la manière dont ces institutions fonctionnent, s'articulent dans la pratique, autrement dit "les mœurs" politiques telles qu'il a pu les observer durant son voyage. Mais, plutôt que de se plier à la "bipartition lois/mœurs" affichée par le texte, Françoise Mélonio propose de découvrir derrière sa composition un plan génétique implicite, suivant lequel Tocqueville part de la géographie et de l'état social des colonies d'Amérique pour montrer comment ces données initiales ont conditionné la genèse de la législation et des institutions américaines. Il examine ensuite ces différentes institutions dans l'ordre de leur émergence historique, à savoir d'abord la commune qui apparaît sous sa plume comme une "communauté quasi-naturelle", "le lieu du pacte social primitif", puis le comté, l'État et enfin le gouvernement fédéral. L'ouvrage cherche donc à mimer le geste de la constitution de l'édifice institutionnel américain depuis sa base communale jusqu'au sommet de l'Union, tout en saluant dans cette construction l'œuvre de la raison et de la volonté humaines qui ont réussi à s'adapter à la situation particulière de ce peuple déraciné et par nature égalitaire qu'était le peuple du Nouveau Monde.

'La gloire des États-Unis', Antoine Étex

La gloire des États-Unis, Antoine Étex
© RMN/Daniel Arnaudet

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Page de titre de De la démocratie en Amérique

Page de titre de De la démocratie en Amérique, édition originale, collection privée
© AD Manche/A. Poirier

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