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Œuvre


Un épistolier prolixe

« Conserve cette lettre. Elle sera curieuse pour moi plus tard. »
(Lettre à Louis de Kergorlay,
29 juin 1831)

Depuis le premier billet qu'il adresse à son précepteur l'abbé Lesueur à l'âge de six ans jusqu'aux dernières lettres écrites sur son lit de mort à Cannes, Tocqueville n'a, de sa vie, cessé d'écrire à d'innombrables correspondants pour les prendre à témoin de ce qu'il a vécu, observé et analysé ainsi que pour garder sans cesse vivaces les relations privilégiées qu'il entretient avec eux. Aussi cette correspondance fleuve - qui devrait occuper pas moins de vingt volumes de ses œuvres complètes éditées par les éditions Gallimard lorsqu'elles seront achevées - offre-t-elle au lecteur l'image mouvante et sensible d'un Tocqueville en prise avec les atermoiements de ses états d'âme et les péripéties de son temps. Loin de la prose grise et un peu compassée qui caractérise ses écrits les plus sérieux, Tocqueville y livre à sa famille comme à ses amis, jour après jour et sur le vif, ses observations, ses sentiments et ses impressions, qu'il soit installé sur le pont du navire en partance vers les États-Unis, plongé au cœur des Révolutions de 1830 ou de 1848, installé dans son rôle de ministre des Affaires étrangères de la Seconde République ou encore incarcéré à Vincennes au lendemain du coup d'État de Louis Napoléon. Au travers de sa correspondance familiale, Tocqueville apparaît donc successivement attentionné envers sa mère, drôle et facétieux quand il écrit à sa cousine Eugénie de Grancey, tendre et amoureux lorsqu'il s'adresse à son épouse, parfois même grondeur dans les lettres qu'il envoie à ses frères. Celles qu'il échange avec ses amis, notamment avec Louis de Kergorlay et Gustave de Beaumont, ressemblent souvent à de sincères confidences lorsqu'elles n'ont pas pour objet la correction détaillée d'un de ses manuscrits. La correspondance qu'il entretient avec certains de ses amis députés et de ses interlocuteurs intellectuels devient également le lieu de considérations politiques et d'interminables controverses philosophiques.
Cependant, malgré la grande diversité de sa correspondance - variant du simple bulletin de santé au véritable traité d'histoire anglaise - la teneur des lettres de Tocqueville dépasse presque toujours le plaisir de l'anecdote, car il manque rarement, selon la pente naturelle de son esprit, d'y passer du particulier au général, de l'événement précis à une philosophie de l'histoire, de son mal d'estomac à la misère de la condition humaine. Aussi cette correspondance foisonnante constitue-t-elle aujourd'hui encore un témoignage de premier ordre sur la genèse de ses œuvres, la formation progressive de ses convictions à l'épreuve quotidienne de la réalité, l'évolution de sa sensibilité ainsi que sur son grand talent de moraliste. Tocqueville, qui demandait parfois explicitement à ses correspondants de conserver ses lettres, avait conscience de l'intérêt historique et littéraire qu'elles présentaient et force est de constater qu'elles témoignent admirablement de sa lucidité, de sa profonde honnêteté intellectuelle et de la grande cohérence qui unit sa personnalité, sa pensée, son action politique et son œuvre.

Alexis de Tocqueville, anonyme

Alexis de Tocqueville, anonyme
© Y.-A. Durelle-Marc

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Lettre à sa cousine Eugénie de Grancey sur les Indiens

Lettre à sa cousine Eugénie de Grancey sur les Indiens, coll. privée
© AD Manche

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