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engagements


Ses convictions

Le système pénitentiaire
« Vous ne savez peut-être pas ce que c'est que le système pénitentiaire [...]
Vous savez du moins que c'est une matière qui n'a rien de politique et qui ne se rapporte qu'au bien-être de la Société en général. »
(Lettre à Charles Stöffels,
4 novembre 1830)

Bien que Tocqueville ait vraisemblablement été sensibilisé à la question pénitentiaire en France dès son passage au tribunal de Versailles comme juge auditeur, ce n'est qu'en 1830 qu'il s'intéresse plus spécifiquement à ce problème, pour préparer la mission en Amérique qu'il envisage de briguer avec Beaumont sur ce même sujet. Après avoir notamment visité la maison de détention de Poissy le 2 septembre 1830, il dresse un constat inquiétant de l'organisation du système pénitentiaire français : il estime que sa désorganisation et le laxisme régnant dans les maisons d'arrêt, qui se transforment en joyeuses écoles du crime, ne préviennent pas suffisamment les risques de récidive et font par conséquent courir de grands dangers à la société civile que l'institution pénitentiaire devrait précisément protéger. En contrepartie, le voyage en Amérique doit lui permettre d'étudier un véritable laboratoire carcéral qui, en plus d'être économique, adapte les conditions de détention aux spécificités des détenus.
La visite des pénitenciers américains lui permet certes de comprendre que la France ne peut envisager de reproduire fidèlement les solutions adoptées par les États-Unis, et qu'elle ne saurait par exemple obtenir, de la même façon qu'à Auburn, la discipline par des coups de fouet, mais il restera longtemps fidèle à certaines convictions, comme la vertu de l'isolement cellulaire, qu'il s'est forgées aux États-Unis. De retour en France, il laisse Beaumont se charger de la rédaction Du Système pénitentiaire aux États-Unis qu'il se contente d'annoter ; mais ce texte, en recevant le prix Monthyon, ne lui confère pas moins sa première reconnaissance publique.
La question du système pénitentiaire fut donc d'abord pour Tocqueville un tremplin vers la notoriété avant qu'il ne devienne l'auteur de De la démocratie en Amérique ; elle devient ensuite l'une de ses spécialités parlementaires, puisque durant sa carrière de député sous la Monarchie de Juillet, il est nommé à deux reprises, en 1840 puis en 1843-1844, rapporteur de projets de loi sur la réforme pénitentiaire. Ces projets seront sans cesse amendés et repoussés, jusqu'à l'adoption finale d'une loi en 1847, qui ne sera jamais appliquée faute de temps et de moyens. Ils lui donnent cependant l'occasion de prendre part à la Chambre aux récurrents débats sur ce sujet et de défendre son point de vue.

« Une société intelligente croira toujours regagner en tranquillité et même en richesse ce qu'elle dépense utilement pour ses prisons. »
(Rapport de la commission
sur les prisons
, 1843)

Il se fait ainsi l'adversaire résolu du parti des philanthropes, dont le chef de file est Charles Lucas, en défendant notamment le sévère principe de l'isolement cellulaire qui présente à ses yeux de nombreux avantages : il permet d'éviter la promiscuité et la communication entre les détenus, il réduit les coûts de surveillance ainsi que les risques de récidive en rendant l'emprisonnement plus pénible, et il peut favoriser la réforme morale du prisonnier qu'il laisse seul face à sa conscience. Mais il faut préciser que pour Tocqueville l'enjeu du système pénitentiaire n'est pas tant d'offrir aux détenus la chance de s'amender que de défendre la société de ceux qui la menacent. Seuls les enfants, qui sont à ses yeux moins coupables que malheureux, font exception en la matière. Il estime même que la société se doit de les protéger en les isolant des autres détenus et de les récupérer en prévoyant pour eux des établissements spécifiques. C'est pour cette raison qu'il accepte dès 1839 de faire partie des fondateurs de la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, qui se propose de réformer les jeunes délinquants par le travail de la terre. Cet établissement, bien que fondé sur des principes idéalistes, garde néanmoins la triste réputation d'être l'ancêtre des bagnes pour enfants qui apparaîtront cinquante ans plus tard, alors que la France commence seulement à adopter le principe de l'encellulement des détenus si souvent défendu par Tocqueville. On ne sait comment il jugerait les résultats obtenus, mais on lui doit cependant d'être l'un des premiers a avoir pensé l'univers carcéral, non pas comme un monde marginal, mais comme un garant de la société, voire comme son révélateur.

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Intérieur d'une prison à étages par Steinlen

Intérieur d'une prison à étages avec quelques gardiens, Théophile-Alexandre Steinlen ; Paris, musée du Louvre
© RMN/Thierry Le Mage

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Projet de pénitencier cellulaire pour 586 détenus

Projet de pénitencier cellulaire pour 586 détenus, A. Blouet, architecte © CHAN

Projet de loi sur les prisons

Résolution de la Chambre accompagnant l'envoi du projet de loi sur les prisons
© CHAN

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