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engagements


Ses convictions

Esclavage et colonies
« Il ne s'agit point de savoir si l'esclavage est mauvais, et s'il doit finir, mais quand et comment il convient qu'il cesse. »
(Rapport de la commission relative aux esclaves des colonies, 1839)

À peine après avoir fait son entrée à la Chambres des députés en 1839, Tocqueville est amené à prendre une part active à la discussion du problème de l'abolition de l'esclavage, qui se pose de façon brûlante à la France depuis que l'émancipation des noirs est devenue une réalité dans les colonies anglaises le 1er janvier 1838. Ces conditions rendent difficile le maintien par la France de l'esclavage dans les colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane, alors que ces territoires sont encerclés par des colonies britanniques.
Tocqueville, pour sa part, est intimement convaincu, depuis son voyage aux États-Unis, que l'esclavage est non seulement un scandale en soi mais qu'il représente également un fléau pour la société. Il semble en effet avoir été profondément choqué, lors de son périple à travers le sud du pays, par le sort réservé aux esclaves et par les traitements qu'ils subissent de la part de blancs, alors même que ces derniers se prévalent d'une idéologie extrêmement puritaine. Ses notes de voyage prouvent également qu'il a pressenti que la question de l'esclavage serait à l'origine d'un vaste conflit qui devrait opposer les États esclavagistes aux États abolitionnistes. Son compagnon de voyage, Gustave de Beaumont, consacre même son roman Marie - dont le sous-titre n'est autre que ou l'esclavage aux États-Unis - à ce sujet, qui semble avoir été au cœur de nombre de ses discussions avec Tocqueville outre-Atlantique.

« L'esclavage est une de ces institutions qui durent mille ans si personne ne s'avise de demander pourquoi elle existe, mais qu'il est presque impossible de maintenir le jour où cette demande est faite. »
(Rapport de la commission relative aux esclaves des colonies, 1839)

Aussi, lorsque Tocqueville est nommé en 1839 rapporteur de la Commission chargée d'examiner la question de l'abolition de l'esclavage, son opinion est-elle déjà fermement forgée. Le rapport qu'il dépose le 23 juillet 1839 défend de façon univoque le principe d'une émancipation simultanée et immédiate des noirs et prévoit que l'État devra régler durant une courte période transitoire les différends entre les anciens maîtres et les nouveaux affranchis. Cette position est originale, non pas que l'idée de l'abolition de l'esclavage n'ait pas gagné du terrain depuis la fondation en 1834 d'une "Société pour l'abolition de l'esclavage" présidée par le duc de Broglie, mais parce même les hommes politiques qui en admettent l'idée prônent une forme progressive de l'abolition qui doit permettre aux esclaves d'être éduqués à la liberté. Tocqueville réfute tous les arguments de cette sorte dans son rapport qui explique en des termes éminemment tocquevilliens que seule l'expérience de la liberté saura enseigner à l'esclave ce que c'est que d'être libre. Il l'écrit dans son rapport en ces termes : "l'expérience seule de la liberté, la liberté longtemps contenue et dirigée par un pouvoir énergique et modéré, peut suggérer et donner à l'homme les opinions, les vertus et les habitudes qui conviennent au citoyen d'un pays libre."

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Page de titre de Marie, de Gustave de Beaumont

Page de titre de Marie, de Gustave de Beaumont
© AD Manche / A. Poirier

Portrait d'esclave de l'île Maurice

Portrait d'esclave de l'île Maurice, école française
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