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Le coup d'Etat de 1851

L'exil intérieur
« Voila, Monsieur, quel est notre destin. La force renverse la loi, piétine la liberté de la presse et celle des individus, se moque de la volonté populaire au nom de laquelle le gouvernement prétend agir ; la France arrachée à la famille des nations libres pour être attelée au même joug que les monarchies despotiques du continent :
voila le résultat
du coup d'État. »
(Lettre à Mrs Grote, 8 décembre 1851)

À sa sortie des cellules de Vincennes, le premier souci de Toqueville est d'informer la France, ainsi que le reste du monde, de la réalité des événements tels qu'ils viennent de se dérouler sous ses yeux et il choisit pour ce faire d'en adresser, sous couvert d'anonymat et grâce à l'intercession de son amie
Mrs GroteHarriet Grote (1792-1878)
Epouse de George Grote. Amie intime de la famille Senioret, par leur intermédiaire, de Tocqueville. C'est à elle que Tocqueville adresse le minutieux Nuit des événements du 2 décembre 1851 pour qu'il soit publié dans le Times.
, un long compte rendu au Times. Le célèbre journal londonien qui avait jusqu'ici admis, comme le reste de la presse britannique, l'interprétation bonapartiste du coup d'État - justifié par la nécessité de protéger le président contre l'Assemblée et d'éviter le danger d'une République rouge aux élections de 1852 - fait paraître dans ses colonnes, le 11 décembre 1851, l'article de Tocqueville. Celui-ci s'avère, en réponse à la propagande bonapartiste, un véritable plaidoyer pour les représentants du peuple qui ont résisté, dont il donne la liste exhaustive, et une sévère mise en accusation du coup de force de Louis Napoléon. Il s'agit pour Tocqueville dans ce texte de dénoncer sans ménage les crimes commis envers les personnes tout comme ceux qui ont été commis envers la République et les libertés publiques. Il ne cesse par ailleurs de répéter cette condamnation à chacun de ses correspondants qui s'enquiert de son avis sur les récents événements, tient à en informer ses amis restés dans la Manche et se brouille sérieusement avec son frère Édouard qui se montre favorable à l'instauration du nouveau régime. Les termes dont use Tocqueville pour lui reprocher cette coupable inclination sont suffisamment violents pour témoigner avec force combien il condamne cette Nation apeurée qui s'est réfugié sous le joug d'un despote pour échapper au spectre du socialisme et combien il condamne le mépris avec lequel Louis Napoléon a traité les institutions représentatives, la dignité humaine et la liberté.   Úcouter l'extrait sonorelire l'extrait sonore  
On comprend ainsi aisément que Tocqueville ne puisse envisager de prendre jamais part à la vie politique du Second Empire et que le sombre jour du 2 décembre 1851 marque en même temps que la chute de la Seconde République, la fin de sa carrière politique. Son intransigeance à l'égard du nouveau régime le conduit à démissionner successivement de tous ses mandats électoraux, sauf de celui de président du Conseil général de la Manche, auquel il est très attaché et qu'il espère pouvoir conserver sans se compromettre avec le nouveau régime. Il songe peut-être même que les départements et la vie politique locale pourraient permettre d'organiser une forme d'opposition au pouvoir central. Mais lorsque le nouveau Prince-Président exige que les conseillers généraux prêtent, eux aussi, serment au régime, Tocqueville refuse de s'y soumettre et fait définitivement ses adieux à la vie politique lors de la Session extraordinaire du Conseil général de la Manche en avril 1852. Il se retire alors au château de Tocqueville dans une forme d'exil intérieur, décidé à se consacrer de nouveau à l'étude, et plus particulièrement à ce nouveau livre dont il mûri le projet depuis quelques années et qui sera L'Ancien Régime et la Révolution.

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Le cimetière de Montmartre le 4 décembre 1851

Le cimetière de Montmartre le 4 décembre 1851, anonyme
© PMVP / Trocaz

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Couverture du Procès-verbal des délibérations du Conseil général de la Manche

Couverture annotée de la main de Tocqueville du Procès-verbal des délibérations du Conseil général de la Manche
© AD Manche / Poirier

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