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Le coup d'Etat de 1851

Tocqueville incarcéré

Scène à la mairie du Xe arrondissement, le 2 décembre 1851

Scène à la mairie du Xe arrondissement, le 2 décembre 1851, Ch. Lahure
© AD Alpes de Haute-Provence

Lorsque les soldats font leur retour dans l'enceinte de la mairie du Xe arrondissement avec à leurs têtes deux commissaires de police, ils ont reçus l'ordre de faire se disperser les députés et de dissoudre totalement ce nœud de résistance. Ils doivent cependant, devant leur ferme résolution à ne pas quitter les lieux et devant leur grande solidarité face à la menace de leur incarcération, se résoudre à arrêter manu militari la totalité des représentants du peuple présents et à les emmener, tous ensemble, à travers la capitale vers les cellules de la caserne du Quai d'Orsay. Le spectacle de ces députés "traînés à pied dans la boue de Paris comme une bande malfaiteurs" avec parmi eux "des hommes aussi illustres par leurs talents et leurs vertus - anciens ministres, anciens ambassadeurs, généraux, amiraux, grands orateurs, grands écrivains" suscite selon Tocqueville l'émotion de la foule qui accompagne le cortège aux cris de "Vive l'Assemblée Nationale !". On sait par ailleurs que la résistance que le peuple de Paris opposera au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte sera réprimée dans le sang.

« Il ne restait qu'à traîner en prison ces hommes honorables coupables du seul crime de défendre les lois de leurs pays. »
(Lettre à Mrs Grote, 8 décembre 1851)

Quant aux députés, ils sont 218 à être enfermés dans la caserne du Quai d'Orsay pour leur première nuit d'incarcération, qu'ils passent "sans feu et presque sans nourriture, étendus sur des planches". Victor Hugo, qui ne fait pas partie de ce nombre, décrit néanmoins dans son pamphlet L'Histoire d'un crime comment "M. de Tocqueville, malade, jeta son manteau sur le carreau et dans l'embrasure d'une fenêtre, s'y coucha. Il resta ainsi étendu à terre plusieurs heures". Malade, il l'est à n'en point douter, mais il est encore davantage inquiet pour sa femme qui, souffrante, est restée chez eux sans nouvelles. Il parvient cependant, dès le soir du 2 décembre, à lui faire parvenir un billet griffonné au crayon pour la rassurer et lui demander "un peu de nourriture et un manteau". Le lendemain matin, il fait partie du contingent des cinquante députés qui sont transférés à Vincennes en voitures cellulaires. C'est là qu'il découvre au soir du 3 décembre que Frédéric Chassériau, le frère du peintre Théodore ChassériauThéodore Chassériau
(1819 - 1856)

Grand peintre du romantisme français, il reçoit le double héritage d'Ingres, dont il fut très tôt l'élève, et de Delacroix. Lié à Alexis de Tocqueville, dont il réalisera un célèbre portrait, il fera une carrière aussi intense que brève.
, a obtenu du préfet de police qu'il soit libéré avant les autres députés. Tocqueville refuse sans hésiter cette faveur et il s'en explique dans un nouveau billet qu'il adresse à sa femme et qui précise que cela le "perdrait dans l'estime de tous [s]es collègues" et qu'"une faveur individuelle qui aurait l'air d'une grâce ne peut [lui] convenir". Il sera finalement libéré, ainsi que presque tous ses compagnons d'infortune, le 4 décembre au matin. Il retrouve l'air libre avec le vif désir de révéler à tous la vérité sur ce coup d'État qu'il condamne violemment et il se place d'emblée comme un adversaire intransigeant du nouveau régime.

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Les représentants conduits à la caserne du quai d'Orsay, le 2 décembre 1851

Les représentants conduits à la caserne du quai d'Orsay
© AD Alpes de Haute-Provence

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Billet envoyé par Tocqueville à son épouse depuis sa cellule

Billet envoyé par Tocqueville à son épouse depuis sa cellule
© AD Manche / Poirier

Billet ordonnant la libération de Tocqueville daté du 3 décembre 1851

Billet ordonnant la libération de Tocqueville
© AD Manche / Poirier

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