Alexis de Tocqueville
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Notes pour la rédaction de Quinze jours dans le désert

23 juillet. Nous achetons des coussins, une boussole, de l’eau de vie du Sacre, des munitions. Nous louons deux chevaux. Conversation avec Mr. Bidle. Nous partons à 11 heures. Notre costume, notre manière de voyager, l’oiseau fait notre joie. Marcher enfin vers le désert. Terrain parfaitement plat. Une lieue sans arbres et en culture autour de Détroit. Après cela on entre dans une épaisse forêt, où l’on a ouvert une belle route. De temps en temps, un petit espace vide ; un cercle d’arbres admirables autour [d’une] niche d’arbres brûlés, un champ couvert de troncs, au milieu une log-house souvent sans fenêtre, scène de misérable paysan bien vêtu, clochettes des bestiaux autour, air d’aisance près de Troy, à la porte d’une log house une famille prenant le thé.
Les maisons deviennent de plus en plus rares. Immédiatement après elle, la forêt recommence. Nous traversons des marais […], vue de jardins anglais dont la nature eut fait tous les frais. Dînons à Troy. Scène de Français du Canada. Nous arrivons à Pontiac à 8 heures du soir. Nous voulons changer de chevaux. On nous indique un homme demeurant à un mille dans la forêt. Nous nous mettons en marche. Seuls, scène de nuit. Silence incroyable de la forêt. Effet de la lune entre les arbres. Au bout d’une demi-heure, nous apercevons une petite clairière. Une log-house. Nous sautons par dessus la barrière, mais nous entendons les chiens et n’osons approcher. Nous arrivons enfin. Nous entrons dans une chambre occupant toute la capacité de la maison. Le feu dans un coin, des ustensiles de toute espèce, un excellent lit dans un autre coin, l’homme et la femme couchés ; la femme habillée comme une dame. Étrange mélange d’aisance et de pauvreté. Les Américains dans leurs log-houses ont l’air d’hommes riches.