Alexis de Tocqueville
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Page manuscrite de Quinze jours dans le désert

Écrit sur le steamboat the superior, commencé le 1er août 1831.

Quinze jours dans le désert

Une des choses qui piquaient le plus vivement notre curiosité en venant en Amérique, c’était de parcourir les extrêmes limites de la civilisation européenne et même, si le temps nous le permettait, de visiter quelques-unes de ces tribus indiennes qui ont mieux aimé fuir dans les solitudes les plus sauvages que de se plier à ce que les blancs appellent les détails de la vie sociale. Mais il est plus difficile qu’on ne croit de rencontrer aujourd’hui le désert. A partir de New York et à mesure que nous nous avancions vers le nord-ouest, le but de notre voyage semblait fuir devant nous. Nous parcourions des lieux célèbres dans l’histoire des Indiens, nous remontions des vallées qu’ils ont nommées, nous traversions des fleuves qui portent encore le nom de leurs tribus, mais partout, la hutte du sauvage avait fait place à la maison de l’homme civilisé. Les bois étaient tombés, la solitude prenait une vie.
Cependant nous semblions marcher sur les traces des Indiens. Il y a dix ans, nous disait-on, ils étaient…