Alexis de Tocqueville
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Extrait inédits des Mémoires de Hervé de Tocqueville, où il évoque notamment, dans la première page, son ancestrale famille.

Mes enfants ont voulu que j'écrive mes mémoires. J'y consens, mais attendez-vous à n'y trouver d'intérêt que dans quelques circonstances de ma jeunesse, et dans mes rapports politiques pendant la Restauration. Les années de ma vie qui se sont écoulées depuis la fin de la Terreur jusqu'au retour du Roi ont passé inaperçues. Ont-elles été plus heureuses ? C'est ce que je ne saurais dire.
Ma famille était ancienne, mais les siècles ne lui avaient pas apporté d'illustration ; mes pères, suivant l'usage, des gentilshommes de Normandie, servaient l'État quelques années, puis ils se retiraient dans leurs castels où la vie de seigneur de campagne suffisait à leur bonheur ; le pays était couvert de gentilhommières dont les possesseurs se réunissaient constamment pour faire la plus rude guerre au gibier ; dans leurs chasses à cheval, aucun obstacle ne les arrêtait, ils franchissaient les haies et les barrières. Le soir, un abondant repas les dédommageait de leurs fatigues, et plus d'un convive était obligé de demander secours pour arriver à son lit.
Ma famille se divisait en deux branches dont l'aînée s'est éteinte dans la personne d'une fille, qui épousa vers le milieu du siècle dernier le président d'Acquigni, à qui elle porta une grande fortune ; la branche cadette était établie depuis longtemps dans le modeste manoir de Tocqueville. Elle y réunit peu à peu quelques manoirs voisins.
Mon grand-père eut trois enfants, deux fils et une fille. La fille fut mariée à Monsieur du Nadel. Elle est morte sans postérité.