Alexis de Tocqueville
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Lettre d'Hippolyte de Tocqueville adressée depuis Cannes le 17 novembre 1858 à son frère Édouard au sujet de l'état de santé d'Alexis, au chevet duquel il se trouve.

Cannes, 17 novembre 1858
Nous venons d'avoir, mon cher ami, une petite alarme : il y a trois jours, après avoir très bien passé la journée, Alexis a vu le matin dans ses crachats quelques filaments de sang. Grand émoi pour lui ! J'ai vite couru en ville chercher le médecin. Il n'a lui nullement été effrayé de l'accident qui a du reste persisté pendant un jour et demi. Maintenant tout est rentré dans l'ordre. La nuit dernière a été excellente et il a à peine toussé. Espérons dans la vertu de ce climat qui est vraiment admirable ! Le médecin a lui-même de l'espoir et nous cite des cures nombreuses et étonnantes produites par l'efficacité seule de ce ciel doux et sans nuages. La pauvre Marie a été si ébranlée pendant et depuis ce cruel voyage qu'elle ne peut encore s'en remettre. Elle souffre de la gorge et un peu de partout. Tu vois quel triste intérieur est le nôtre !
La position du pauvre Rémi me tourmente fort. Était-il donc impossible de le faire passer en Afrique dans un autre régiment ? Ce qui vaudrait mieux que cet insalubre Sénégal. Tiens moi toujours au courant de vos démarches, que je puisse, s'il y a lieu, les appuyer. J'ai reçu une lettre d'Hubert très intéressante de Berlin.
Le Phare de la Manche, journal de Cherbourg, parle souvent de Tourlaville. Je regrette que tu n'aies pu cette année le visiter en t'établissant à Nacqueville. L'avant-dernier numéro du journal rendait compte de la dernière séance académique de Cherbourg. M. de Pontaumons, un des membres, avait fait l'historique des possesseurs du château et en donnait la filiation jusqu'à toi en observant que le domaine n'avait jamais été vendu et qu'il avait passé de mains en mains par héritage.
Je suis heureux d'apprendre que la petite accouchée va à merveille ainsi que tes autres enfants : que ne peut-on en dire autant de cette chère Alexandrine !
Je l'embrasse ainsi que toi de tout mon cour.
J'oubliais de te signaler qu'Émilie ayant rencontré chez Mme d'Istria M. Thiers, lui avait parlé d'Alexis. Aussitôt il écrivit à un célèbre médecin, ancien député, M. Mor qui demeure à Grasse. Ce dernier vint voir Alexis l'autre semaine. Hier j'ai appris par Émilie que M. Mor a écrit à M. Thiers une lettre de quatre pages très détaillée sur Alexis. Il dit que sa maladie est en bonne voie de guérison et ajoute même qu'il guérira complètement. Dieu le veuille !