Alexis de Tocqueville
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Extrait inédits des Mémoires de Hervé de Tocqueville, où il évoque notamment la naissance de son troisième fils Alexis.

La terre de Verneuil était échue à Mme de Tocqueville dans le partage des successions que la Révolution avait malheureusement ouvertes à notre profit. Depuis 1802 jusqu'à la Restauration, j'ai passé la plus grande partie de mon temps dans cette terre. Son amélioration et son embellissement devinrent des objets d'un grand intérêt pour moi, et employèrent l'activité que je ne pouvais pas consacrer à des choses plus utiles. La vie que je menais dans ce château était douce et agréable. Notre nombreuse famille venait souvent nous visiter, trop souvent peut-être. C'est un inconvénient des terres voisines de la capitale. Les amis et les connaissances y affluent sans qu'on puisse s'en défendre. Toutefois les personnes que nous recevions étaient aimables et nous avions un courant de société qui rendait facile le passage du temps. J'aurais pu être heureux dans cette retraite si la santé de Mme de Tocqueville n'avait pas été pour moi une cause continuelle de chagrin et si les événements qui se pressèrent à la fin du régime impérial n'avaient pas excité en moi une vive sollicitude.
Le 29 juillet 1805, Alexis mon troisième fils vint au monde. Sa mère était désolée d'avoir un troisième garçon. Cet enfant avait en naissant une figure si singulière et si expressive que je dis à sa mère qu'il serait un homme distingué et j'ajoutai en riant qu'il deviendrait un jour Empereur. Je crois qu'il réalisera la première partie de la prédiction ; je ne lui souhaite pas l'accomplissement de la seconde.
Pendant l'hiver qui suivit la naissance d'Alexis, Mme de Tocqueville fut prise d'une toux convulsive qui pendant trois mois ne lui laissa point de relâche. Les médecins jugèrent que l'air des pays chauds lui était nécessaire et nous partîmes pour l'Italie au mois de septembre 1806.
Je comptais la parcourir et finir mon hiver à Naples mais en arrivant à Turin, j'appris que la guerre venait d'éclater de nouveau entre la France et l'Autriche. Dans l'incertitude de son résultat je ne trouvai pas prudent à des Français de s'enfoncer dans l'Italie et je ramenai ma famille à Nice où nous passâmes l'hiver. Je rencontrai dans cette ville trois personnes très distinguées chacune dans un genre différent. La première était Mme de Villeneuve, fille de M. de Ségur.
Personne n'a je crois réuni au même point qu'elle la grâce et l'étendue de l'esprit à l'aménité du caractère. [...]