Alexis de Tocqueville
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Transcription : lettre 01 à lettre 02

Monsieur,

Je suis arrivé hier au soir à bon port, mais dans un état de fatigue extrême. J'aurais voulu être en état d'aller vous remercier de vive voix de toute votre obligeance et causer avec vous de beaucoup de choses dont j'aurais à vous parler. Mais, il n'y a pas moyen d'y penser.
Nous trouvons la position que nous avons choisie admirable et la maison très agréable. Mais je ne puis en dire autant de la température. Je n'ai jamais eu si froid à cette époque de l'année dans le pays que les médecins me forcent de quitter.
Veuillez, Monsieur, en attendant que nous puissions nous voir agréer de nouveau mes remerciements et l'expression de ma considération les plus distingués.

A. de Tocqueville

Ce vendredi,
Ps. Je vous demande de venir jusqu'ici mais quand cela entrera dans vos arrangements, j'en serai très reconnaissant.

Transcription : lettre 04 à lettre 05

Monsieur,

Il paraît que la provision de bois de M. Crookenden * n'est pas aussi considérable qu'il pensait ; car, il me fait dire qu'il craignait, s'il m'en cédait davantage qu'il n'avait déjà fait, de n'en avoir plus assez pour lui-même. Il est donc urgent que je m'en pourvoie ailleurs. Seriez-vous assez bon pour indiquer à mon domestique où il doit s'adresser pour en acheter.
J'ai oublié de vous demander l'autre jour, si on pouvait louer des livres et chez qui ?
Je commence à me remettre un peu de l'intense abattement que m'avait causé la fatigue du voyage mais M. Sève me condamne encore pour quelques jours à l'immobilité et au silence.
Agréez de nouveau, Monsieur, avec mes vifs remerciements l'assurance de ma considération la plus distinguée.

A. Tocqueville
Cannes, ce 8 novembre

* M. Crookenden est le propriétaire anglais de la villa Montfleury.

Transcription : lettre 08 à lettre 012

Monsieur,

Vous avez bien fait de conclure à 4000 francs puisqu'on ne pouvait pas faire autrement. C'est bonne chose pour moi. Mais j'espère être bien et, quoique je ne sois pas très riche, je préfère encore ma santé à mon argent. Les termes de paiements me conviennent. J'espère que M. Crookenden que vous me dîtes et que tout le monde m'assure être un gentleman voudra bien, pour ce prix si élevé, me fournir du moins tout ce qui est nécessaire à mon habitation, et si, d'accord avec lui nous sous-louons, à notre locataire, je compte aussi que si ma santé avec le temps m'empêchait de me mettre en route le 1er mai et me forçait de prolonger mon séjour de une ou deux semaines, M. Crookenden ne s'y opposerait pas et voudrait bien entrer en arrangement avec moi pour ce peu de jours.
Quant à ses meubles, il peut être assuré que nous les traiterons comme s'ils nous appartenaient. Nous sommes soigneux ; nos domestiques ont l'ordre strict de l'être et, comme nous n'avons avec nous ni enfants ni chiens, il n'y a guère de détérioration possible, sauf l'usure inévitable par l'usage. J'espère, de sorte, que la famille Crookenden, avec lesquelles nous espérons bien faire connaissance, si elle reste dans le pays, voudra bien venir juger quelques jours par eux-mêmes de la manière dont la maison est tenue.
Nous prendrions avec grand plaisir à notre service l'Allemande dont vous nous parlez. Nous la préférerions même à toute autre. Mais je ne sais si la condition que nous pouvons lui offrir lui conviendra. Ma femme a pour son service une femme de chambre - allemande aussi - qui, de plus, fait au besoin très à notre goût la petite cuisine qui est nécessaire. La femme que nous prendrions en sus, n'aurait donc que des gros ouvrages à faire : le nettoyage des chambres à coucher -lits et garde-robes - le lavage de la vaisselle. cela pourrait-il convenir à la femme dont vous me parlez ?
Serait-ce abuser de votre obligeance que de vous prier de donner des ordres pour qu'on portât chez [nous] du bois et du charbon, afin, qu'aussitôt en arrivant, nous puissions faire du feu et mettre la cuisine en activité ?
Quant au moyen de nous transporter d'Aix à Cannes, nous préférons mettre deux jours et demi. Ce sera même ainsi fort fatiguant pour nous. Ce qu'il nous faut donc c'est une voiture attelée de deux chevaux. Une bonne et large voiture, ayant quatre places à l'intérieur, avec deux places pour domestiques au dehors. Aussi douce que possible. Mais ce à quoi je tiens par dessus tout, c'est que les chevaux soient tranquilles et le cocher prudent. Madame de Tocqueville est singulièrement craintive en voiture. Il y a des passages de montagnes, si je ne me trompe, et si elle n'était pas absolument rassurée sur les chevaux et sur le cocher elle éprouverait des émotions très préjudiciables à sa santé. Nous ferons le marché à 150 francs, comme vous le dîtes. Mais vous pouvez annoncer d'avance un très fort pour boire au cocher, si nous sommes contents de lui. Nous comptons descendre à Aix à l'hôtel des Princes. Cependant, si le cocher ne nous trouvait pas là, il faudrait qu'il nous cherchât dans les autres hôtels.
Notre intention est de partir d'ici demain 28 jeudi et d'arriver à Aix le dimanche 31. Nous y resterons un jour et nous en repartirons le mardi 2 novembre. Il faut donc que le voiturier soit arrivé le 1er novembre. Si quelque accident nous forçait de nous arrêter en route, je vous en instruirait aussitôt par une dépêche télégraphique.
J'espère que vous aurez la bonté de m'écrire un mot par le voiturier ou, si vous aimez mieux, à l'hôtel des Princes. Je finis comme toujours en vous priant d'agréer avec tous mes remerciements l'assurance de ma considération la plus distinguée.

A. Tocqueville
Paris ce 27 octobre 58